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 Au temple du Temps

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MessageSujet: Au temple du Temps   09.10.12 14:07

[Cette histoire se passe un peu avant l'event, et Belaam est encore tout confiant, il n'a plus vraiment peur de se prendre un Ange sur le coin de la gueule]


Après avoir épuisé les réserves de livres, du moins les plus intéressants, de l'appartement d'En-Zakel, cette faucheuse qui avait eu assez de cran pour héberger un Démon chez lui, ce dernier s'était mis en quête de nouvelles lectures. Oui parce que bon, il n'avait clairement pas les mêmes goûts que Blanchette en matière de littérature. Trop moderne pour lui, pas assez rigoureuse ni profonde. Ce n'est donc pas totalement par hasard qu'au fil d'une de ses promenades quotidiennes, il se décida à entrer dans une boutique dont la vitrine attira suffisamment son attention. Pour le meilleur ou pour le pire.
Il n'y avait personne, et la porte d'entrée une fois fermée laissa place à un silence quasiment religieux presque capable de mettre Belaam mal à l'aise. Laissant son regard de drogué se perdre parmi les étagères et les rayons, le Démon crut un instant s'être perdu dans une faille spatio-temporelle. Chose tout à fait possible compte tenu du genre de population qu'on croisait dans cette ville. De tout et de rien, mais surtout de tout, et parfois suffisamment étrange pour perturber l'assurance du Démon.
Se laissant guider par son inspiration, car oui même les créatures de l'Enfer pouvaient apprécier ce genre d'endroits pour peu d'être assez intelligent, Belaam glissa dans les allées en respectant le plus possible ce silence apaisant qui emplissait la librairie. Silence troublé uniquement par un quelconque mouvement d'une quelconque personne se trouvant là également et dont la présence avait été effacée par la surprise d'un Belaam rencontrant des vestiges d'un autre temps.
Délaissant les premiers étalages il préféra s'enfoncer un peu plus dans la boutique, faisant parfois glisser ses mains le long des étagères pour caresser les livres, cherchant celui qui, d'instinct, trouvera une place entre ses mains. Pour tout dire il ne savait pas ce qu'il cherchait ni vraiment ce qu'il voulait. Lire, c'est tout. Replonger dans un passé qu'il avait perdu, sans doute pour oublier les moments durs du présent, ses échecs, sa lutte continuelle pour la survie. Tout ça manquait cruellement de divertissement, du moins à son goût.

Et puis un mot en lettres dorées, gravé sur la couverture d'un livre relié d'une épaisseur importante, attira l'attention de la créature démoniaque, l'interrompant dans sa déambulation aléatoire. C'était du grec ancien, rare en cette région du monde et à cette époque. Sans prendre la peine de lire la traduction du titre, Belaam ouvrit l'ouvrage, la curiosité piquée à vif par cette trouvaille. Sur les pages blanches et gaufrées, on y lisait l'histoire des phéniciens, leurs techniques, leur panthéon, leur architecture. L'oeil brillant, plongé dans sa lecture, le Démon engoncé dans son corps de junky s'égara entre les pages et à travers les illustrations, perdant toute notion du temps, de l'espace. Exactement ce qu'il cherchait. S'évader.
Debout entre les rayons de livres, Belaam passa près de vingt minutes sans autre geste que ceux nécessaires pour tourner les pages. Il ne clignait pas des yeux, il semblait à peine respirer, au plus grand désespoir de la conscience du junky anonyme perdue quelque part dans ce corps qu'il ne contrôlait plus. Et puis soudain, il éclata d'un rire bruyant qui résonna longuement dans la pièce. Le visage fendu d'un sourire aussi large que menaçant, témoignant pourtant d'une certaine hilarité du Démon. Il avait les yeux rivés sur une illustration de Baal particulièrement grotesque, et rien ne pouvait plus l'amuser qu'un de ses supérieurs ainsi accoutré.


Dernière édition par Belaam le 26.11.12 21:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   10.10.12 9:07

Il est dit que le silence des bibliothèques est un silence qui vaut bien plus que l'or. C'est un silence qui transcende, qui vous emporte dans une toute autre dimension, une toute autre époque. A cela, rajoutez un cadre atemporel, des étagères de vieux bois de chêne importé d'Europe, de la poussière authentique, une luminosité digne des cryptes dont on entend parler seulement dans les légendes, des livres dont l'âge fait concurrence à celui des Anges et dont l'odeur de l'encre et des pages peuvent faire éternuer les petites natures. En somme, vous avez là un pur concentré de passé, un lieu qui vous emporte des siècles en arrière en reproduisant à l'identique une bibliothèque digne du Moyen-Âge occidental. Il ne manquerait plus que les vitraux, mais ce sont de petites fenêtres aux verres teintés d'orange qui les remplacent. Allez savoir, cela va peut-être arriver ?

Dans ce lieu hors du temps, il y a tout de même quelques anachronismes. Tout d'abord un comptoir avec des équipements modernes quant à l'encaissement des articles. Eh bien, oui, une librairie est une librairie et les gens ne sortent pas avec dans leurs mains des ouvrages gentiment offerts. Non non non. Comme tout, il faut sortir les sous.
Le deuxième anachronisme, eh bien, ce n'est rien d'autre que moi-même. Je suis le propriétaire de cette humble boutique et je fais tâche. Mon accident m'ayant cloué dans un fauteuil dernier cri, je ne peux que sembler ne pas être à ma place en ces lieux. Alors, je me cache. Mes clients sont des habitués, ils savent où me trouver, souvent dans le fond de la boutique. Dans les rayons où sont entreposés les livres de contes. Andersen, Carroll, Perrault, Dahl, Prévert, Daudet, les Grimm et la Comtesse de Ségur sont mes compagnons d'infortune. Moi et mon fauteuil électronique que je tentais tant bien que mal de contrôler, planqués derrière les longs rayonnages de livres anciens. Je me maudissais d'être dans une telle condition, mais en même temps, je ne pouvais qu'être fier. Ma fille était saine et sauve. En pleine forme. Sans aucune séquelle. Je ne pouvais qu'être heureux, en fin de compte.... Même si j'allais être cloué là pendant au minimum les six prochains mois, ce qui me désolait fortement. De plus, je n'avais qu'un seul bras libre.... pour ranger les livres, c'était moyennement pratique. Il allait me falloir prendre un autre employé, ce au moins pour les six mois à venir. Grrr. Ce n'était pas une idée qui me plaisait. J'aimais à être seul à m'occuper de ces antiquités. Ici, c'est mon monde. Personne n'avait le droit d'y toucher, à part ma délicieuse fille, bien sûr.

Je commençais à rouler entre les rayons pour surveiller, guetter le moindre client ou remettre en place un livre de travers. J'avais entendu la porte se refermer, cela devais être un de mes amis qui me rendait visite, je me suis alors dirigé vers la porte, longeant le mur opposé. Généralement, je reconnaissais le bruit qu'ils faisaient quand ils entraient et je n'avais pas reconnu celui-ci. Un nouveau client ? C'est si rare, d'autant plus que le temps que j'arrive à la porte, il avait déjà du se faufiler dans le dédale de littérature. Les nouveaux étaient bien souvent perdus lors de leur première visite et ils me cherchaient désespérément dans l'espoir que je les aide, que je leur explique, que je leur montre les secrets de cet endroit hors du temps. La plupart était fascinés par ce lieu et d'autant plus surpris qu'il était tenu par un simple humain, jeune qui plus est, que par une créature telle qu'un Ange ou autre espèce plusieurs fois centenaire.
J'ai retenu un sursaut en entendant ce rire effroyable qui avait profané le religieux silence de cet endroit. Je me dirigeais du côté des ouvrages grecs qui côtoyaient également les ouvrages parlant de Démons, d'Anges et autres sciences paranormales*. Je me dépêchais afin de prendre le malotru la main dans le sac. Je me suis arrêté au bout de l'allée et j'ai fixé l'homme qui était là, hilare devant une véritable relique grecque dont j'avais acquis la version originale et traduite. Passablement énervé, j'avançais jusque lui en élevant la voix.

« - Je vous prierai Monsieur de bien vouloir baisser le ton. Vous n'êtes pas dans une de ces librairies qui vendent de vulgaires bandes dessinées. D'autant plus que vous tenez là dans les mains un ouvrage des plus sérieux. Votre rire est irrespectueux au possible. »

Je le fixai avec des yeux noirs, je ne supportai pas que l'on manque de respect aux ouvrages pour lesquels je m'étais battu pour les acquérir.

« - Reposez ce livre si vous êtes là pour en rire, Monsieur. »



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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   10.10.12 11:22

HRP:
 


Perturbé dans sa soudaine crise de joie excessive, Belaam tourna la tête en direction de la voix, sans rien voir d'autre que l'allée vide et calme. Par acquis de conscience, il regarda alors de l'autre côté, quoi que doutant s'être trompé, mais rien encore. Cependant dans son mouvement pour reprendre sa lecture, il perçut du coin de l'oeil une ombre qui, n'étant pas là auparavant, ne pouvait être que celle de l'intrus malpoli qui s'était permis de le critiquer.
Affichant alors un air surpris, le Démon garda les yeux fixés sur l'individu en fauteuil roulant. Il avait déjà vu quelques fois dans la rue ou à la télévision de tels appareils, mais il cligna plusieurs fois des paupières pour soulager ses yeux irrités et s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une illusion. Cela ressemblait fort à une machine de torture de son point de vue, et à en croire l'allure diminuée du pauvre type, il en souffrait effectivement pas mal.
Mais passant outre ce phénomène étrange de fauteuil roulant, Belaam inclina plutôt la tête, revenant au sujet principal de ce début d'altercation. Du bout du doigt, propre pour une fois, l'hygiène de son hôte commençant à être enfin à peu près correcte depuis qu'il vivait chez En-Zakel, l'intéressé interrompu dans sa lecture pointa la page et répliqua sur un ton plus que dubitatif.

-Quoi, ça ?

« ça » témoignait du faible crédit qu'il apportait à la description de Baal. « ça » témoignait aussi et surtout des doutes que Belaam avait à propos de la connaissance qu'avait le type en fauteuil à propos de l'ouvrage. Peu probable qu'un handicapé comme lui connaisse les phéniciens et puisse apprécier leurs travaux à leur juste valeur. Fort probable en revanche que le bouquin se trouvait là juste à cause des informations sur les soit-disant divinités de ce peuple aujourd'hui disparut.
En bon Démon qui se respecte, pour tout dire, Belaam était furieux qu'on vienne juger sa réaction et sa lecture. Surtout quand l'individu en question est un demi-humain, une sous merde, une raclure de chiotte (la télévision avait permis à notre cher esprit démoniaque d'apprendre de nouvelles insultes particulièrement inventives).

-Je vois difficilement comment on ne pourrait pas en rire. Ah ! Pauvre petit homme que vous êtes, vous ne savez rien...

L'insistance sur le terme de « petit » n'avait pas pu échapper au libraire. Son interlocuteur n'avait pas l'intention de lui épargner la moindre qualification moqueuse quant à sa disposition. Belaam se délectait de l'air renfrogné et mécontent qu'affichait l'homme, et comptait bien enfoncer le clou tant qu'il le pouvait. Se moquer de Baal, c'est bien, se foutre de la gueule d'une pauvre hère sans avenir, c'est mieux.

-Ce qui est irrespectueux pour tout vous dire, c'est ce livre même. Il y a beaucoup d'horreurs dans ce magasin, mais celle-ci est une perle en la matière. Je pensais que depuis le temps les hommes se seraient rendu compte de la réelle nature des pseudo-dieux qui forment le panthéon des phéniciens, et voilà que cet ouvrage les assène comme des vérités vraies.

Du bout du doigt à nouveau Belaam pointa l'illustration, reproduction d'une très ancienne gravure représentant Baal et quelques pauvres créatures qui rampaient à ses pieds. La stèle où il reposait comportait une phrase en grec ancien, mal reproduite mais dont le sens n'échappait pas à Belaam qui l'avait lue par le passé déjà.

-Savez-vous au moins lire ceci ?

« Ba'alat sera chevaucheur des nuées par le sang de ses enfants ». Les yeux de Belaam brillaient, tant il se sentait satisfait d'être aussi supérieur à l'homme qu'il venait ainsi de défier. Il était peu probable, vraiment très peu probable, qu'il puisse lire le grec ancien et encore moins comprendre la réelle portée d'une telle phrase. Car après tout, Baal n'avait été un dieu que parce que les phéniciens en avaient bien voulut.
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   17.10.12 9:45

Je restais le regard noir fixé sur cet homme. Il devait faire à peu près la même taille que moi lorsque je n'étais pas coincé dans ce foutu fauteuil. Il avait une certaine aura indescriptible, pas très facile à cerner. Sous les yeux j'avais un jeune homme à l'air paumé mais qui semblait dégager une certaine assurance. Un être hautain, à n'en pas douter. A commencer par ce fait qu'il ne m'ait pas vu. Ok. Je suis en fauteuil, mais je passe tout de même difficilement inaperçu. J'ai haï les yeux qu'il a posé sur moi. J'avais, une énième fois, l'impression d'être une bête de foire que l'on dévisage. Je me suis crispé, jusqu'à ce qu'il pointe du doigt le livre qu'il tenait à la main et qui avait été la raison de ses rires.

Je déglutit lentement, " ça ". Qu'est-ce que cet homme savait pour ainsi appeler une véritable relique ? Un trésor pour les historiens en tous genres, le genre d'ouvrage qui ravit l'âme du passionné d'histoire qui s'y plonge. Je jetais un coup d’œil à la couverture. " Culte et Mythologie Phénicienne ". La version originale translatée. " Ca " était un ouvrage inestimé. Une véritable bible sur le sujet. Le livre le plus précis et, également, le plus abordable par les grandes masses. Il avait été le fruit d'études de doctorants du XXIème siècle et avait été publié afin que les religieux de l'époque comprennent le contenu sans crier au blasphème ou à l'hérésie.
Mais en ce moment, c'était cet homme étrange qui blasphémait. J'avais foi en deux choses. En Dieu et en mes livres. Je savais le contenu de certains discutable, mais celui-ci était un ouvrage de référence. Comment un homme comme lui pouvait prétendre connaître la vérité ? Qu'il parle de moi en disant " pauvre petit homme " me passait littéralement au-dessus de la tête. Il insultait mes trouvailles et ça je ne pouvais le supporter.

« - Cher monsieur, je ne saurais supporter plus longtemps vos insultes. Ces ouvrages sont des ouvrages de référence qui datent d'il y a quelques siècles. Ils sont les fruits d'études et de recherches de l'époque sur le sujet. Le panthéon des phéniciens est un panthéon de faux-dieux aux yeux de ceux qui ont une religion d'origine judaïque. Chrétien ou juif. L'auteur de ce livre a eu la présence d'esprit de ne pas ternir son jugement avec des idées pré-conçues issues de la religion. Que Dieu pardonne mes mots, mais la religion empoisonnait les réponses découvertes.
Ce livre est ancien, il y a sans doute eu des précisions sur le sujet. Je sais cependant que les Dieux vénérés par les phéniciens n'auraient pas du être appelés Dieux.
»

Il me montra une illustration. Je soulevai un sourcil. Cet homme faisait une fixation sur Baal, ma parole. Il y avait une inscription en grec ancien et il me demandait si je savais lire cela. Je le regardais et je souris. Certes, je ne traduisais pas cela instantanément, mais j'en comprenais le sens. Quelque chose parlant de « Baal », le prédisant comme étant un « chevaucheur des nuées » ce par « le sang de ses enfants. ». J'avais suffisamment étudié la question pour savoir que cette phrase n'avait pas une portée innocente.

« - Il est question de Baal. Baal sera chevaucheur des nuées par le sang de ses enfants si je ne me trompe pas. »

J'esquissais un sourire en coin, à sa tête il n'aurait certainement pas imaginé que je puisse lire ceci. Mais j'avais fait des études et pendant ces études, j'avais appris le grec ancien. J'aimais l'histoire et l'essentiel des ouvrages étant en latin ou en grec ancien, il m'avait fallu les apprendre. Je ne savais guère les parler, mais je savais les lire et les traduire, ce qui m'était amplement suffisant, je n'allais pas publier d'études sur la question, je n'avais donc pas besoin de maîtriser à ce point ces langues mortes. Je ne perdais cependant pas mon niveau, car je m’efforçais de traduire des œuvres pour mes clients qui me le demandaient.

« - Je suppose que vous allez ensuite me demander ce que cela signifie. Je vais vous le dire avant même que vous me posiez la question. Après, mon jugement est peut-être faux, j'ai basé mes connaissances sur ce ramassais de bêtises comme vous appelez le contenu de mon humble librairie. Pour les phéniciens, Baal était le Dieu du Ciel. Il était également le Dieu de la Fertilité. Le terme chevaucheur des nuées était utilisé pour le désigner. Cependant, on utilisait également " chevaucheur des nuages ", en rapport avec les tempêtes qui lui étaient associées. Il était chevaucheur des nuées par le sang de ses enfants, car pour que les phéniciens s'attirent les bonnes grâces de leur dieu, ils sacrifiaient des enfants en son nom. Baal est dit chevaucheur des nuées par le sang de ses enfants car, en somme, il tenait ses adorateurs sous son joug et pour l'en remercier ils lui offraient le sang de leurs enfants. »

Je le fixais, presque fier de lui avoir déballé mes connaissances. Je ne le montrais cependant pas, j'attendais sa réaction. J'aurais voulu couper la chique à cet irrespectueux homme.


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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   18.10.12 10:41


Il avait le regard fixe de quelqu'un qui se perd dans ses réflexions. Le blanc de l'oeil laissait apparaître quelques vaisseaux gonflés par la fatigue endurée par ce corps, alors que les iris restaient pour une fois, définitivement bruns et inexpressifs. Belaam observait.
Entre ses mains le livre devenait peu à peu moins intéressant que ce homme se définissant comme le propriétaire des lieux. La fougue dont il était capable, la quantité de connaissances dont il disposait (largement supérieure à la moyenne, ce qui était étrange pour un individu au piètre physique comme lui), et la lueur de défi qui l'animait, achevèrent d'attirer toute l'attention du Démon. Il referma l'ouvrage dans un geste négligent et s'avança d'un pas, courbant le corps, encore un peu trop frêle à son goût, pour mieux venir observer l'étrange énergumène qu'il avait à sa portée.

-Quelqu'un a bien fait ses devoirs, on dirait. Il ricanna, brièvement, avant de se glisser dans le dos du libraire dans un mouvement vif et relativement souple. Tu connais bien les phéniciens, soit. Mais je suis curieux de savoir si tes connaissances vont au delà du minimum syndical de l'humanité.

Tel un chat rôdant autour d'une souris, Belaam tournait dans un sens, puis dans l'autre, tripotait le mystérieux fauteuil roulant de sa proie comme pour chercher le meilleur angle d'attaque. En dehors d'En-Zakel il n'y avait pas grand monde dans cette ville qui pouvait s'élever au niveau de connaissances du Démon. Maxime peut être. Mais. Mais Maxime c'était une autre histoire, pas encore tout à fait bien assimilée par notre résidu démoniaque.

-Parle moi des croyances d'Amérique. C'est comme ça que vous appelez cette région il me semble. Les connais-tu, petit homme ?

De nouveau il se plaça face à lui, et inclinant légèrement la tête sur le côté il lui offrit un sourire transpirant de provocation. Les phéniciens ne l'intéressaient plus. Il voulait viser plus haut. Un mordu d'histoire peut avoir quelques connaissances sur l'existence du panthéon phénicien, étroitement relié aux dieux plus connus d'Égypte ou de Grèce. Mais qui prenait la peine de s'intéresser aux Mapuches ? Aux Zaparos ? Aux Guarani ? Est-ce qu'ils existaient encore, au moins ? Après tout, la colonialisation de l'Amérique avait fait pas mal de dégats parmi ces cultures étrangères, et quand Belaam avait quitté l'Europe pour des contrées plus à l'Est, l'abolition n'en était qu'à ses bégaiements. D'un autre côté le Démon se doutait que les protecteurs de ces tribus équatoriales ne seraient pas restées sans réagir. Alors peut être qu'à travers cette question, ce défi lancé au petit libraire, Belaam pourrait même en apprendre un peu plus sur le monde dans lequel il était revenu.
Son interrogation, sa façon de tourner ses phrases comme s'il n'était pas certain de ce qu'il avançait même, mettrait sans doute la puce à l'oreille du libraire. Mais qu'importe. S'il s'avérait suffisamment intéressant, peut être que le Démon irait jusqu'à lui révéler son identité. Nul doute qu'apprendre qu'une créature de l'Enfer se trouvait en face de lui chamboulerait le cerveau de cet arrogant en fauteuil roulant. Cette idée suffit à arracher un sourire de contentement au visage du junky, et bien vite sa décision fut prise. Quelle que soit la réponse de ce pauvre hère, Belaam jouerait avec lui autant de temps qu'il le faudra pour se distraire. Mieux qu'un livre, finalement, il avait trouvé dans cette librairie un petit homme à chahuter.
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   28.10.12 21:25

Je fixais cet homme étrange. Il n'avait pas l'air d'être celui qu'il semblait être. Il semblait en connaître plus que son âge physique aurait pu lui permettre de connaître. Et il avait ce drôle de regard. Cette lueur dans les yeux. Ou plutôt l'absence de lueur dans ses yeux qui se muait en une certaine malice éteinte.
Je réprimai une grimace en le voyant malmener l'ouvrage qu'il avait dans les mains, mais je ne sourcillai pas lorsqu'il se pencha sur moi. Je le fixai juste. Il jouait provocation et défi. Et j'adorais ça. Ce jeune homme allait tester mes connaissances. Ça tombe bien, j'en ai à revendre. Je n'ai que trop rarement l'occasion d'étaler ma science. J'esquissai un sourire à sa phrase, mais ne bougeai pas lorsqu'il vint se glisser dans mon dos. Mon cou encore trop fragile aurait sommé ma clavicule de me rappeler à l'ordre si jamais j'avais bougé ne serait-ce que trop brusquement. Je le laissais aller et venir autour de moi, me sentant proie, mais ne perdant pas mon sang froid. Cela se lisait dans ses yeux qu'il s'amusait. Ca m'amusait aussi en un sens. Il avait l'air de connaître pleins de choses, ou alors il jouait au malin. A voir jusqu'où nos connaissances mutuelles nous porteraient.

Et visiblement, elles nous emmènent en Amérique. Aaah, l'Amérique. Ceux qui se prétendaient pro-vie et qui tuaient sans vergogne ni remord. Ceux qui avaient voulu imposer leur religion mais qui s'entretuaient pour dire qui était le plus croyant. Ceux qui allaient jusqu'à invoquer des démons pour prouver la puissance de leur Dieu. Ceux qui ont anéanti les peuples et animaux présents sur le continent pour établir leur territoire et imposer leur religion dite d'amour et de paix. Ceux qui me font rire profondément. En Amérique, sous différentes périodes, il y a eu différentes religions. Cet homme est bien gentil mais...

« - De quelles croyances voulez-vous parler ? Le continent américain est vaste et il y a autant de cultes qu'il y en a en Afrique. On pourrait même séparer les cultes en fonction des régions de ce continent. Vous voulez que je vous parle des croyances Nord-Américaines, qui sont celles des Amérindiens et des colons venus d'Europe ? Ou alors des croyances méso-américaines qui sont principalement connues pour être celles des Mayas et des Incas. Ou encore celles de l'Amérique du Sud, qui sont... différentes, mais tout de même semblables ? Dites-moi tout ! »

Je lui renvoyais son sourire dégoulinant de provocation. J'étais plus spécialisé dans l'histoire du judéo-christianisme et donc de ce qui s'y rattachait, mais j'avais suffisamment de connaissances en la matière pour pouvoir parler ne serait-ce qu'un peu de ce qu'il y avait comme croyances dans ces contrées lointaines et mystérieuses tout autant qu'ancestrales.
Cependant une chose m'avait mis la puce à l'oreille. C'est ce fait qu'il dise «  vous ». Comme s'il ne se comptait pas parmi les Hommes. Comme s'il ne se considérait pas comme étant des nôtres. Après tout... Il y en avait des créatures étranges en ce monde. Elles n'avaient pas toujours été là. Certaines étaient des envoyés de Dieu, d'autres des créatures arrivées inopinément sur Terre. Certaines étaient déjà présentes mais cachées, accusées d'être des rebus de la société, d'êtres des créatures non désirées par Dieu. Je le fixai. Qu'était-ce ? Qui était-il ? Il avait l'air de connaître pleins de choses. Je le soupçonnais même de ne pas être ce qu'il semblait. Il avait l'air bien trop jeune pour connaître toutes ces choses et ces choses qu'il connaissait, je les supposais être innombrables. Il n'était peut-être pas humain du tout. Il en avait l'apparence mais...
Trève de divagations. Il est là, face à moi, provocateur indécent.
Je sors de mes rêveries et agite ma main valide.

« - Vous avez l'air d'être un connaisseur monsieur. Ou vous maniez le bluff avec dextérité. Qui êtes-vous ? Je veux dire, comment un aussi jeune homme peut connaître l'existence ne serait-ce que des phéniciens ? Avez-vous fait des études d'Histoire de la Religion ou …. êtes-vous un passionné ? »

J'en avais presque oublié l'incident et l'affront qu'il avait osé faire à mon magasin et à ma propre personne.

HRP:
 
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   31.10.12 17:30


Belaam observa le libraire d'un air penseur, se demandant quel genre de vie ce pauvre type pouvait bien mener pour avoir le temps d'avoir autant de connaissance sur des mondes révolus, et cette avidité dans le regard. Un peu comme si vivre à travers les livres lui offrait une existence alternative, loin des contraintes imposées par son... organisme pour le moins médiocre.
Loin d'être affecté par les sourires lourds de sens que lui adressait le petit homme coincé dans sa chaise roulante, le Démon hésitait à lui révéler la totalité de sa propre condition. Un humain ne valait certainement pas autant d'attention, mais celui-ci le divertissait et, quitte à le regretter plus tard, Belaam avait quand même bien envie de lui foutre un peu la pression.

-Cette conversation m'ennuie.

Affichant une moue légèrement boudeuse, la créature des enfers fit déambuler à nouveau la carcasse du junky dans l'allée de livres, glissant parfois un doigt sur des reliures où pouvait trainer une mince couche de poussière.

-C'est amusant au final, comme on peut se préoccuper d'une espèce aussi insignifiante que la tienne juste parce qu'elle a eut le culot de survivre pendant tous ces siècles. Non mais parce que, il faut dire les choses clairement.

Exagérant sa nonchalance, Belaam revint vers le fauteuil, et se pencha vers le visage du libraire en arborant l'expression la plus neutre qui soit.

-Tu n'es qu'un éphémère papillon dans le foisonnement de vie que renferme ce monde. Ta propre histoire n'a aucun intérêt mais... Si on regroupe l'existence de tous les humains...

Un léger sourire naquit au coin de ses lèvres. Amusé. Fier. Impatient aussi, quelque part, de savoir ce que pourrait répondre un homme à cette tirade puante de vérité.

-...alors c'est là que ça devient passionnant. Il faut savoir prendre du recul, voilà tout.

Belaam s'adossa à un rayonnage, grattant du bout de l'ongle une trace de saleté s'étant incrustée dans le bois, avant d'observer quelques titres comme si le libraire n'avait jamais été là. Comme si, trop insignifiant pour sa magnificence (bon, plus vraiment actuellement, mais l'attitude reste la même) démoniaque. Un ver, un rat, une vermine qui copule et qui tient le coup malgré tout ce que le monde peut développer pour tenter d'éradiquer l'espèce.
Et puis dans un léger sursaut amusé, Belaam revint à son interlocuteur après ces quelques secondes de vide.

-Tu ne vois pas où je veux en venir, sans doute. Mais tu peux me croire sur parole, l'humanité est en quelques sorte ma passion. Après tout, je suis un Démon.

Tout résidu démoniaque qu'il était, Belaam se força à faire bonne impression, et sortant une bonne partie de l'énergie qu'il était capable de mobiliser à ce jour (merci Blanchette et ses moissons), il révéla un regard d'un rouge luisant et vif, tout en s'éparpillant partiellement autour du corps charnel de son hôte, provoquant une brume dense et âpre pour souligner sa silhouette soudainement bien moins humaine. Que voulez-vous, aucun Démon ne peut résister à la tentation de jouer avec les effets spéciaux.




Dernière édition par Belaam le 08.11.12 13:19, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   02.11.12 14:19

Détestable. Cet être est détestable, odieux. Il provoque, je joue le jeu, mais ça l'ennuie. Il n'est pas de ceux avec qui vous avez envie de passer du temps, ça c'est clair. Il apparaît comme un acteur qui joue un rôle des plus détestables. Tout en lui dégouline de mauvais sentiments. Il énerve, il contrarie, il amène le dégoût et la rage. Comment un être pourrait provoquer tout cela ? Avait-il l'esprit si tordu et si dérangé que ça se ressentait à trois mètres autour de lui ?
Mais en même temps, il m'intrigue. Ses connaissances m'intriguent et plus encore ses mots. Il parle comme s'il n'appartenait pas à notre monde. Comme si lui était là, juste en spectateur qui riait des bêtises et des erreurs des pauvres hères que nous sommes, nous humains. Peut-être était-il une sorte de divinité ou un ange corrompu ( parce que les vrais anges ne peuvent pas raisonner comme lui, ce serait un peu.... contre-nature ), néanmoins il dégageait ce genre de truc qui transpirait, qui suait à grosses gouttes bien dégoûtantes le pas normal.
Ou alors il était juste fou. Fou et moi je risquais ma peau en étant dans la proximité de ce taré. Je ne pouvais pas clamser en sachant que ma fille se retrouverait seule, ça non.
Puis, il commença à nouveau à divaguer, cette fois, sur la condition de l'homme. Son discours était vrai, je ne pouvais contredire ses paroles, pour un fou il parlait bien.

« - Le recul, cher monsieur, est toute une discipline et son nom se trouve être '' l'Histoire ''. La vie d'un homme au milieu de ses semblables n'a de valeur que sociologiquement parlant. La vie d'un peuple, par contre, est intéressante. Son histoire, sa culture, ses traditions, sa religion, tout ça est intéressant. Le recul nous l'avons pris en étudiant la masse plutôt que l'individu. Cela fait presque un millénaire que nous le savons. »

J'esquissai un sourire et le laissai m'ignorer sans rien dire. On s'y faisait à force à son petit jeu. Il agissait comme un gamin mal élevé qui avait une capacité intellectuelle supérieure à celle des autres enfants de son âge et qui agissait de cette manière détachée pour avoir un semblant d'attention de la part des adultes. Pour dire, j'avais presque été ce gamin, bien que je ne me sois pas servi d'une capacité intellectuelle hors norme, mais plutôt d'une passion inébranlable pour le passé.
Il était revenu vers moi et ses mots m'avaient limite fait sursauter. «  Je suis un Démon. ». C'était possible ? Je veux dire.... N'avaient-ils pas disparus subitement de la surface de la planète ? Les livres disaient que... Bon sang. J'écarquillai les yeux sous la surprise et ma main vint saisir le chapelet que j'avais autour du cou, caché sous mes vêtements. Et plus encore que les mots, ce sont les effets spéciaux dignes d'un grand film d'horreur qui me glacèrent le sang et qui, si j'avais eu l'usage de mes jambes, m'auraient fait prendre mes... jambes à mon cou.


« - Jésus, Marie, Joseph.... »


J'étais livide, je cherchais à reculer sous la peur, mais comme ma seule main valide était agrippée à mon chapelet, je me contentais de gigoter douloureusement dans mon fauteuil. Dieu, Saint Père de tous les hommes, que fait cette engeance dans mon humble échoppe ? N'ai-je pas suffisamment purgé de peine ? Mon existence est-elle à ce point misérable que tu ne t'acharnes encore sur mon pauvre être ?
Puis, considérant l'ombre qui entourait la silhouette humaine, une deuxième pensée me parcourut. Ce Démon était-il là pour me posséder ? Il n'avait sans doute pas d'enveloppe charnelle propre... La sienne était-elle arrivée à sa date de péremption ? Je déglutis difficilement.


« - Qu'êtes-vous venu chercher ici, créature de l'Enfer ? »


J'étais un humble serviteur de Dieu, qu'est-ce qu'un Démon venait faire ici ? J'avais lu un bon nombre de livres sur les Démons, ils étaient sensés avoir une forme propre, bien que les représentations soient, de manière générale, faussée. Et pour les voir débarquer, c'est qu'il y avait eu des choses pas très catholiques qui se sont déroulées. Pas dans ma librairie, tout de même ?! A moins que ce soit la présence d'un nombre inquantifiable de livres sur l'ésotérisme et le paranormal ?
Outre la peur première et la crainte de blasphémer, c'est la curiosité de l'historien qui m'emplissait. C'est dur vous savez ? D'être à la fois terrorisé et curieux.
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   08.11.12 13:18


-Ah ! Qu'est-ce que vous pensez faire avec ça...?

Affichant une moue à la fois dégoutée et méprisante, Belaam agita vaguement la main sous le nez du libraire en le voyant sortir de sous ses vêtements un chapelet on ne peut plus classique et inoffensif en l'état actuel des choses. Les connaissances se perdent, c'est indéniable, presque regrettable aussi. Presque. Après tout c'était une bonne chose pour un Démon que d'avoir en face de lui des humains qui ignoraient comment contrer le mal. C'était plus facile.

-C'est pathétique cet espèce de réflexe conditionné des croyants de s'accrocher à une croix dès qu'ils pensent voir le Mal.

D'un point de vue technique, chapelets, croix et autres babioles dans le genre, étaient simplement le support de la foi, et par un moyen ou un autre rendaient les prières plus puissantes. Plus efficaces. Mais les brandir comme ça à la figure d'une créature démoniaque sans rien faire d'autre que de trembler sur sa chaise roulante, ça c'était inutile oui. Et risible.
Cependant Belaam venait d'avoir la preuve que le petit homme avait plus de connaissances que la moyenne côté ésotérisme et religions. Alors, juste par prudence, il fit un pas de côté. Sans se défaire de l'air narquois qui s'était installé sur son visage après avoir annoncé sa véritable nature au pauvre libraire.

-Je viens juste me distraire un peu. C'est long, l'éternité, quand on est tout seul.

Il jeta un œil distrait sur la créature pâlichonne bien vissée dans sa chaise. C'était jouissif, vraiment, de voir enfin quelqu'un l'apprécier à sa juste valeur. Non mais parce qu'En-Zakel avait plutôt tendance à se moquer de lui et à se croire supérieure, sous prétexte qu'elle avait plus de pouvoirs que lui. Mais elle ne perdait rien pour attendre...
Belaam soupira et s'adossa à une rangée d'étagères. Du bout de l'index il se gratta la tempe, agitant quelques mèches folles et indisciplinées. Comment tourmenter un peu plus ce pauvre type, certainement persuadé que sa fin était venue... Niveau effets spéciaux, il était un peu à court, malheureusement, toujours pas capable de faire trembler le sol ou éclater les vitres. Ce genre de trucs l'amusaient beaucoup, pourtant, c'était vraiment agaçant d'être aussi limité.

-Alors comme ça, vous êtes pratiquant ? J'imagine qu'avec les angelots qui volent aux dessus de vos têtes vous n'avez pas vraiment le choix, à Naniwa. C'est triste de vous voir ainsi réduits à l'esclavage par les sous-fifre de Dieu. Surtout après ce qu'ils vous ont fait...

Ouais, genre la Grande Guerre, en mode claque dans la gueule des humains pour qu'ils arrêtes de faire n'importe quoi. Sales gosses incapables de filer droit, même sans Démons. Il y avait vraiment un sacré potentiel dans cette race là, dommage que le temps ne les ai pas rendus plus intelligents. Y'avait qu'à voir celui là, terrorisé et paumé face au dernier Démon que portait encore la Terre. Alors que Belaam était probablement plus inoffensif qu'un lycan, ou un vampire... Vraiment, il y avait plus de danger dehors que dans cette librairie.
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   19.11.12 17:15

Cet homme. Ou plutôt, ce Démon ne ressemblait en rien à toutes les descriptions que portaient mes livres. Peut-être était-il trop faible pour avoir un pouvoir trop puissant ? A moins que mes livres soient erronés. Mais je ne voulais pas vérifier si l'être se trouvant devant moi avait une force surhumaine ou une souplesse hors norme à en faire se retourner une colonne vertébrale dans des craquements à en faire vomir des médecins. Et je n'avais ni les outils, ni les machines pour vérifier l'état de dilatation des pupilles. Cependant, son enveloppe avait cet air défait et exténué que les livres décrivaient. C'était peut-être suffisant. Je lâchai mon chapelet. Je n'avais pas le matériel nécessaire pour le faire partir : de toutes manières, cela faisait des siècles qu'ils n'étaient plus censés exister... Je crains même que toute connaissance ou tout matériel ait été détruit ou perdu. Les seuls rescapés se trouvant dans les quelques livres ici présents.
Je le fixai, répétant des prières dans ma tête, suppliant Dieu de me pardonner pour la curiosité qui me rongeait. Puis, je souris.


« - Vous venez vous distraire avec sans doute l'un des derniers humains qui serait capable de vous défaire ? De vous renvoyer dans les limbes ou d'appeler les serviteurs de Dieu pour vous détruire. Vous avez frappé à la mauvaise porte, il me semble. »


Je le suivis du regard. Je ne craignais qu'une chose, c'est qu'Aiko débarque, revenant de l'école avec l'aide de Margaret qui se contenterait de la déposer au magasin. Je n'avais pas tant peur pour moi, mais plus pour la prunelle de mes yeux. L'idée de la voir face à un Démon, si fragile et vulnérable, me rendait malade *. Même s'il n'avait pas l'air dangereux : mais je sais qu'il ne faut pas se fier aux apparences face à ce genre de créature. Je ne savais pas de quel démon il s'agissait et cela pourrait m'être fatal. Il avait rit face à la représentation de Baal, peut-être que.... ?


« - Je suis en effet croyant, mais pas à cause des anges. Simplement par la force des choses. Puis... Je pense que nous ne sommes pas les plus mal lotis. Ce sont bien les Démons qui se sont retrouvés enfermés en Enfer, il me semble ? Nous sommes peut-être sous la coupe de Dieu, mais ce n'est pas pour me déplaire. Vos semblables, eux, sont enfermés jusqu'à ce qu'Il décide de les libérer. C'est pour ça que je ne comprends pas que vous soyez là face à moi... Vous n'êtes pas censés être enfermé avec vos semblables dans les bas-fonds de la Terre ? »

Ce Démon était une véritable énigme en fin de compte. Sa présence même méritait d'intenses recherches. Je cherchais dans ma mémoire des bribes d'informations qui me revenaient de mes lectures, mais pas une ne mentionnait un Démon s'échappant de la rafle divine. C'est d'autant plus étonnant qu'il se trouve face à moi. Peut-être avait-il été piégé et son existence cachée des yeux de Dieu. Bien que cela semble difficilement imaginable.
A moins qu'il ait été suffisamment innocent pour pouvoir rester sur Terre. Ou bien Il s'était contenté de le laisser parcourir la Terre dans une solitude extrême, délesté de tous ses pouvoirs démoniaques afin de purger une peine différente des autres. Etait-il si faible que ça ? C'en était presque risible.


« - Puis-je savoir quel est votre nom, engeance démoniaque ? Votre existence m'intrigue au plus haut point. »





* : On sait tous que c'est Belaam qui va galérer face à Aiko 8D
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MessageSujet: Re: Au temple du Temps   26.11.12 21:25


Le détruire ? Qui ? Lui là dans son fauteuil roulant, avec son gros cerveau plein de trucs inutiles en guise d'arme ? Naaah. Sûrement pas.

-Ah, si effectivement vous connaissiez un des rituels capables d'exorciser un Démon comme moi... Mais j'en doutes. Et puis, vous n'avez pas envie de tuer ce pauvre jeune homme qui se tient devant vous, tout de même. Allons, un bon chrétien comme vous.

Belaam se fendit d'un de ces sourires dont il avait le secret, capables de faire passer sur son visage une poignée d'émotions différentes. Bon bien sûr, ça rendait moins bien qu'avec son corps d'origine. Mais faute de mieux, les dents un peu jaunies du junky suffiraient pour cette fois.
Agitant la main comme pour balayer la nouvelle remarque du libraire, à propos de cette guerre fatale qui avait coincé tous ses frères démoniaques six pieds sous terre, l'éternel squatteur s'approcha d'un livre assez près pour y coller son nez et renifler la poussière qui s'était partiellement déposée dessus.

-Oh, les Anges, les Démons, c'est une histoire sans fin à vous faire tourner en bourrique.

Il s'empara de l'ouvrage, visiblement légèrement intrigué. Il ne prenait pas la peine de cacher ses émotions, et s'amusait parfois à caricaturer la surprise, l'étonnement, ou le doute. On pouvait faire tellement de chose avec une figure humaine. Et il manquait tellement de divertissement...
Du bout des doigts, il tournait les pages, flânant entre deux paragraphes et cherchant visiblement quelque chose sans trop savoir quoi.

-Que voulez-vous, moi je suis là, c'est tout ce qui compte, et mon petit doigt me dit qu'il y a peut être un camarade ou deux qui rôdent dans le coin alors...

Brusquement, le voilà à nouveau qui fait face au libraire en arborant le plus hypocrite de ses sourires.

-… alors si vous en croisez un, n'hésitez pas à lui dire que l'instigateur du chaos de Loudun aimerait leur offrir un verre, d'accord ? Je suis pas difficile à trouver je vis chez une faucheuse.

Du plat de sa main libre Belaam tapota la tête du petit homme en fauteuil roulant et replaça à nouveau le livre qu'il venait de parcourir rapidement. C'était frustrant, malgré l'indéniable originalité des titres qu'on pouvait trouver dans cette librairie, pas un ne pouvait l'aider. Aucun rituel sérieux, ni la quelconque piste pour contacter les enfers. C'était bien dommage que les Anges aient tout scellé tout de même, sans ligne directe avec tonton Lulu et ses potes, Belaam était pire que tout seul : il était démuni. Parce que bon, même s'il arrivait à récupérer tous ses pouvoirs, lui il était surtout un fouteur de merde. Ça aurait été bien pratique de se faire prêter quelques trucs plus sympas, genre boules de feu, tornades, ou invocation des morts.
À cette idée, le Démon eut un sursaut involontaire. Les morts... les morts, on était pas obligé de les invoquer, après tout. Certains étaient bien coincés parmi les vivants...
L'air de rien, l'intrigant plein de mauvaises intentions se pencha vers le libraire.

-Dites, mon brave, vous n'auriez pas des bouquins à propos des fantômes et des revenants par hasard ?

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