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 Never go full berserk.

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MessageSujet: Never go full berserk.    10.03.14 17:52


Les sièges des véhicules de fonction étaient en nervoplex dernier cri, à mémoire de forme. Fichtrement confortable, ne lui manquait plus qu’une boite de donuts pour parfaire le tableau. Ou une indic’ pour lui tailler une pipe. Vik sommeillait. S’endormir par surdose de mélatonine et se réveiller par shoot programmé d’adrénocorticotripine ne lui réussissait pas. Mais mentionner seulement le passage d’insomnies chroniques qu’il traversait l’aurait envoyé droit au bureau du shrink, et sans doute lui prescrirait-il des sessions d’optothérapie. Des coups de laser dans les neurones « pour recalibrer la fonction dissipatrice de votre mémoire », bla, bla et suck my dick, avait-il très consciencieusement traduit. Son navcom lui crachota dans le conduit auditif, il jura, cilla, et la sensation des ilents collées sur sa cornée sèche acheva de le foutre de mauvaise humeur.
« Jdankov. J’écoute. » Le timbre de sa voix était goudronneux ; il se massa le tragus du bout de l’index pour réajuster le navcom.
« Pas de mouvement de notre côté. Aucune entrée, aucune sortie. Le réapprovisionnement n’est pas arrivé. Vos ordres. Fin. » L’officier subvocalisait, équipé d’un senseur sur le larynx. Sa voix était reconstituée en temps réel mais Vik reconnaissait le coté synthétique de son timbre. Il répondit normalement, seul et planqué dans l’habitacle monopôle du véhicule de sol. Il pouvait voir et écouter l’environnement extérieur comme s’il s’y trouvait, sans réciprocité.
« Vous attendez et vous continuez de pisser dans des bouteilles. Ça va venir. Fin. » La patience était une qualité sous-évaluée, songea-t-il.
« Got it, » confirma l’officier sur un ton blasé qui transparaissait malgré la reconstitution. Vik bailla à se décrocher la mâchoire, et la surface de ses membranes de contact tactique s’activa, donnant à ses iris acier une teinte bleu électrique.

Ça vint effectivement. Pas ce qu’il attendait, ni à l’endroit où il attendait. Mais le crime était trop organisé pour laisser place aux coïncidences.

Une secousse fit tanguer son véhicule, la surface de camouflage réfléchissante grésilla par intermittence sous le poids de la créature qui venait d’y atterrir en vol plané.
« Putain d’bon dieu d’merde », gronda-t-il par pur entrain, louant la joie du passage à l’action.
1’s : le tableau de bord affichait les mêmes infos que ses ilents. Les silhouettes de deux fauteurs de troubles apparaissaient en surbrillance sans son champ de vision, une série d’estimations statistiques défilait aux extrémités. Les cibles étaient identifiées comme humaines malgré leur morphologie hypertrophiée. Belle injection de nanites, les gars. Ces abrutis venaient de bruler quelques années de longévité pour se foutre sur la gueule avec une force centuplée. 4’s : le véhicule encaissa une nouvelle secousse, l’autre berserker venait de charger son congénère. Dans leur folie furieuse, ils ne s’étaient pas même rendu compte de l’obstacle invisible contre lequel ils s’envoyaient mutuellement cogner. Ou peut-être s’en contrefichaient-ils éperdument, le cerveau réduit à l’état de poids-chiche reptilien. 5’s : Vik démarra en trombe et dégagea son véhicule pour se ranger hors portée. Fallait pas non plus abuser de la générosité des contribuables. 11’s : il quitta l’habitacle, Civilian peace au poing, réglé sur le mode neutralisant selon la procédure. Toute la scène qu’il voyait était captée, archivée et aurait dû être retransmise au QG en temps réel. Aurait dû. Le capitaine ne voulait déloger son unité, dont la mission primait, sous aucun prétexte et encore moins pour une baston entre deux extropiens éphémères.

L’arme enregistra les cibles humaines, opéra un calcul, leurs caractéristiques morphologiques en mémoire, et se déverrouilla pour deux décharges espacées d’une latence de vingt-cinq secondes. Latence pendant laquelle Vik était censé neutraliser la cible numéro deux sans rayon délétère.
« Oh com’on, really !? »  s’exaspéra-t-il, s’adressant très sérieusement à son arme. J’vais finir par tirer au flanc pour changer mes stats, bon dieu. Ce smartass de mes deux me surestime. Les humains étaient surprotégés par la loi, officiellement d’une part, et officieusement puissance mille.
Les senseurs de son interface tactique décelèrent un troisième individu de nature humaine au moment où il tira sur le plus massif. Le colosse se figea sous l’arrosage micro-ondes, puis émit un grognement étranglé avant de s’effondrer dans une chorée d’épileptique. Les nanites se dissolvaient, déchets nanotech bientôt évacués de l’organisme de l’utilisateur. Le berserker numéro deux, privé de son steak, déporta son point de mire sur le troisième arrivant. Vik siffla pour détourner l’attention sur lui et fonça vers la bête humaine. L’adrénaline porta son sang à ébullition. Le temps cristallisa et les micros secondes défilèrent en une éternité.

Le regard du gamin était si calme et si concentré qu’il en paraissait presque vide.
Un fuckin'môme – d'où sort-il, y va s’prendre une tarte bon dieu -pourquoi tu t’enfuis pas gamin !

Son ouïe dépressurisa, un goût ferreux lui tapissa la gorge. Back to reality. Son bras armé était en train de profiler un fulgurant revers. La crosse percuta le cou musculeux du colosse. Carotide loupée, les tendons étaient noueux comme un entrelacs de câbles métalliques protecteurs. Il sentit la vibration du choc lui remonter le long du bras jusqu’à la mâchoire.
Mais la bête humaine ploya dangereusement sous le poids de Vik, et son souffle infernal balaya le visage du gamin qui n’avait toujours pas bougé. Puis il s’envoya en arrière pour tenter de se débarrasser de son agaçant assaillant, entamant une série de mouvements abrupts dignes d’un taureau de broncage génétiquement augmenté.
Fermement accroché dans son dos, jambes nouées à la taille épaisse, Vik tentait de le neutraliser, commençant à douter que le type eût suffisamment de cervelle pour ressentir les effets de la raréfaction d’oxygène. Malgré la corpulence surhumaine du prévenu, il avait réussi à placer sa clef : sous le bras gauche et par-dessus l’épaule droite, lui écrasant jugulaire et carotide de ses avant-bras musculeux. Impitoyablement bloqué, le type ne pouvait l’atteindre de ses moulinets erratiques. L’arme lui échappa, mais resta attachée au bracelet de contrôle. Elle était dotée d’une puce RFID et biométriquement individualisée pour son proprio. Les flingues des forces spéciales n’étaient pas très populaires au marché noir. Il s’entendit gronder une salve trilingue de « Recule – Bakku - Vernut'sya ! » à l’attention de l’ado et les dix secondes restantes de latence réglementaires se traduisirent en minutes de flot de conscience grossier.

Pas même bronché, pas effrayé pour un clou - l’enragé n’a pas même tenté de le rafler- l’aurait-il fait si j’m’étais jeté sur lui une micro seconde plus tard - Holy crap qu’est-ce que c’est qu’ce môme, dérangé, orphelin, grillé du siphon, traumatisé, Bordel j’vois flou non c’est mes lentilles qui merdent -dois sécuriser la zone avant le time-out - putain d’interférence magnétique de mes deux vas-tu crever chien ? Interférence magnétique, Sainte-merde un emplumé - Il n’avait aucune idée du laps de temps écoulé depuis que l’alerte s’était mise à clignoter au coin de son champ de vision, pris dans le tumulte.

L’étourdissement opéra, le colosse entama sa métamorphose sous l’emprise de Vik et s’effondra. « Charge disponible » le nargua l’arme, via le navcom enfoncé dans son conduit auditif. « Tu sers à rien »,  pesta-t-il en retour, balayant les environs d’un regard éclair. Ça venait, c’était peut-être déjà là. Gris, Noir, Blanc ? Chicken fried ?  Ses pieds touchèrent à nouveau le bitume, il laissa choir son captif au sol, se grouilla de bazarder deux Security Managers sur les cibles neutralisées, les livrant aux prouesses des menottes cybernétiques. Les nanites achevaient de s’autodétruire, restituant à leurs  utilisateurs leur physionomie d’origine - ou ce qu’il en restait. Ceux-ci avaient maintenant l’air d’androgynes à côté du Capitaine de l’unité Gamma, rendant au moins justice à sa carrure militaire d’Epinal, si justice devait être rendue quelque part.

Le môme s’était détourné et s’avançait maintenant vers un point d’horizon que Vik ne saisissait pas. La contrallée était déserte, les entrées souterraines étaient scellées de l’intérieur et les outlaws devaient se faire petits après le grabuge causé par les deux autres abrutis : ça n’était pas bon pour les affaires.
« Oy ! » l’interpella-t-il aussitôt, halluciné. Il déboula et s’interposa entre il ne savait quoi encore, et les vies des trois humains à sa charge, citoyens ou pas. Le véhicule garé avait pris en cours d’action, une teinte noire carbone frappée de l’emblème des FSR à plusieurs endroits de la carrosserie, et projetait un périmètre de sécurité holographique. Vik n’était pas carapacé de l’armure d’intervention, vêtu seulement d’un baggy de combat anthracite rentré dans des bottes militaires oldschool, et d’un teeshirt plastronné noir mat, caractéristique d’une facture pare-balle/absorbeur d’ondes. Le flot d’adrénaline, déchargé en continu dans son système, trompait la froidure hivernale.
« Zone d’incident sous contrôle des Forces Spéciales de Répression. Déclinez votre identité et quittez les lieux » , déclara-t-il avec assurance, une assurance qu’il n’éprouvait pas. Campé sur ses jambes fléchies, en position de garde, il tenait le gun à deux mains mais ne le braquait pas : il ne voyait toujours personne. Ses prunelles s’irisèrent, sa vision essuya une désagréable interférence et son expression se fit aussi amène que la gueule d’un ours réveillé à coup de frelons.
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MessageSujet: Re: Never go full berserk.    30.03.14 18:27

Philosophy will clip an angel's wings.


Il y a un truc bizarre. Un truc qui inquiète un peu Grant. Owen. Pourquoi est-ce qu'il ne répond pas ? Est-ce qu'il n'avait pas fait correctement pour l'appeler ? Est-ce qu'il s'est trompé, encore une fois ? Bon sang. Cette foutue technologie le rendra chèvre.

Grant souffle un peu, et sa main va ébouriffer un peu plus sa trop longue crinière. Bon. On recommence. Téléphone. Menu. Répertoire. A Owen. Ouais, A d'abord. C'est le gosse qui le lui a paramétré, pour que justement il soit le premier numéro. C'est plus simple, pas vrai ? Sauf que non. Il va sur le numéro. Bouton vert. Ça sonne. Mais rien. Rien au bout de plusieurs sonneries, ça ne décroche pas. Merde.

Avec un grondement, l'ange déploie ses ailes en se fichant éperdument d'être vu par les humains aux alentours. Les battements puissants le mènent au ciel. C'est son GPS à lui, le ciel. De là, il peut voir le monde entier, il suffit de monter assez haut, il suffit de savoir regarder. Rien de bien compliqué, en somme. N'importe qui pourrait le faire.

De là, il voit.

Il voit Owen, et un type avec lui. Un grand type, qu'il ne connait pas. Un grand type et deux autres qui sont étalés par terre. Et Owen, son Owen, ce petit Dieu qui règne dans le cœur de l'ange. Un froissement de plumes se fait entendre, comme un léger froufrou qui l'accompagnerait. Il voit -ou plutôt il ressent- le grabuge qu'il a régné, la poussière à peine redescendue. Quoi. Que s'est-il passé ? Grant, s'il l'avait pu, en aurait presque eu une crise cardiaque. Ça lui rappelle trop douloureusement ce jour d'apocalypse six mois plus tôt où il avait craint pour la vie de son petit d'homme.

Ce type. S'il a touché Owen, il le tue. On ne touche pas à ce gosse. On ne touche pas à son petit Dieu, à son cher guide du monde des hommes.

Une bouffé de rage protectrice envahit la montagne, et il se dirige à toute allure vers cette semi décharge. Ou peut-être que ça n'en était pas une ? Qu'importe. Il y avait des dégâts, il y avait de la poussière, c'en est une désormais. Lourdement, l'ange arrive et atterrit non loin du petit groupe. Instantanément, ses ailes disparaissent à nouveau. D'être céleste, il est redevenu homme. Le type s'est interposé entre lui et le môme. Salaud. Qu'est-ce que tu lui veux ? Et pourquoi tu l'empêches de venir vers le géant ? Un grondement mauvais s'échappe de la gorge de Grant. Que l'autre humain le somme de se présenter, comme s'il avait la moindre autorité.. Comme si sa pétoire pouvait inquiéter la montagne, comme si elle s'en inquiétait. Peut-être qu'il vaudrait mieux, peut-être pourrait-il être dangereux pour lui. Mais Grant s'en fiche. Royalement.

- Owen ? Tout va bien ?
- C'est bon Grant. Ca va, ne t'en fais pas. Il n'est pas méchant, tu sais.

AH. Pas méchant ? Mais on dirait. Il pointe une arme, il a de la méfiance dans la voix, du combat dans le regard. Et pourtant, même s'il fait face, Grant le trouve si dérisoire. Si futile. Est-ce qu'il se rend compte, cet homme-là, qu'il est un ange taillé pour la guerre ? Probablement, à voir son air. Mais Owen va bien, Owen dit qu'il est gentil. Alors Grant toise d'un air neutre et vaguement curieux celui qui lui fait face. D'adversaire et danger éventuel contre Owen, il est passé à une simple curiosité vaguement désuète et presque intrigante.

- Grant Jensen. Ange.. Léger doute. Ses ailes réapparaissent, et il y jette un bref coup d’œil avant de les "ranger". Gris. Ange gris, elles n'ont pas changés. Et vous ? Pourquoi empêcher Owen de revenir à moi ? Rendez-le moi.
- Grant.. Ça va.
- Non. Il veut pas qu'on se retrouve. Je ne pars pas sans toi.

Le ton est poliment formel. Neutre. Grant fixe l'homme, et lui laisse le temps de donner une bonne raison à sa conduite. Et il a intérêt à en avoir une, de bonne raison. Impassible, immobile, la montagne attend. Son objectif premier étant la sécurité du gosse, elle n'a pas de raison de s'énerver. Pour le moment. Mais bordel. Faut pas qu'on les empêche de se retrouver, hein ?
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MessageSujet: Re: Never go full berserk.    31.03.14 18:22

Nuit noire.
Le périmètre d’intervention holographié accusa une série d’interférences, l’image projetée se granula et finit par se couper. Ses ilents passèrent en vision nocturne et lui permirent de voir l’atterrissage du céleste. Il s’était figé jusqu’à oublier même de respirer, simultanément focalisé sur l’apparition de l’ailé et le double affichage de données en surbrillance dans son champ de vision. Il regretta amèrement de ne pas avoir de processeur dans le cerveau. D’la mémoire cache supplémentaire, voilà qui s’rait pas du luxe. Mais avec l’existence des clovers, à la fois solution et problème classé secret-défonce, l’utilisation d’implants cérébraux aurait ouvert une faille de sécurité de taille. Une fosse océanique, même.

— Owen ? Tout va bien?
Owen Goodomens. C’était le nom correspondant au fichier d’identité du môme. Parents décédés. La dernière entrée datait de l’inscription à un établissement scolaire pour l’année en cours, puis RAS. Comment ce gamin, orphelin, était possiblement passé au travers des mailles du filet des autorités ? Pourquoi n’avait-il pas été pris en charge par la Direction de l’Enfance et des Mineurs ? Le fichier de Jensen était ouvert en superposition, aucun lien de légalité ne semblait les rapprocher. Encore heureux, songea-t-il. Le dénommé Grant Jensen avait une citoyenneté en règle et sa nature céleste était renseignée. Vik sut l’essentiel quelques secondes avant que le golgoth ne décline lui-même son identité. Il soupçonnait, d’un instinct reptilien archaïque, que Jensen le dépassait de peu ; les données chiffrées le lui confirmèrent, accroissant l’antipathie structurelle qu’il ressentait à son égard. Gris, ça aurait pu être pire, se félicita-t-il piteusement. Les Forces Spéciales surveillaient tout particulièrement les anges noirs, à cause de leur instabilité existentielle. Des machines à éradiquer de l’humain, borderline et névrosées ; sérieusement, qu’est-ce qui pouvait mal tourner là-dedans ?

— C'est bon Grant. Ca va, ne t'en fais pas. Il n'est pas méchant, tu sais.
What the fuck, gamin ?! Le flot de sa conscience l’emporta l’espace d’un bref instant, compulsant vingt ans de carrière en quelques intuitions sentientes. Qu’est-ce qu’un putain de ravageur céleste foutait avec un orphelin ? Selon Viktor Jdankov, témoin oculaire des premières heures en Iran, pour vivre parmi les hommes après l’holocauste fallait déjà être suffisamment gonflé du plumage. Quant à intervenir dans leur vie et se mêler des affaires terrestres, c’était de l’incitation à la haine raciale à peine déguisée. La légende voulût que Dieu accordât le pardon. Les hommes, quant à eux, étaient incorrigiblement rancuniers et avaient au moins le mérite de ne jamais s’être leurrés sur leurs vices. La philologie biblique personnelle de Jdankov n’entrait pas en conflit avec la justice, ce qui ne l’aidait pas à estomper les noirs nuages au travers desquels il percevait les soldats de Dieu.

Flash News : le Pacte Civil était défectueux. Au point que les Forces de Répressions avaient été constituées pour veiller sur le respect de la cohabitation bordélique. Les affaires terrestres et les affaires célestes ne dépendaient pas du même tribunal et il n’en existait pas pour les secondes. Le seul tribunal en activité était la guerre froide, et le marteau de l’exécutif pas très au point... incarné  in vivo/in silico  par les clovers. Théoriquement, les ailés possédaient un statut de citoyen particulier. Réellement, le droit bouillonnait. Jdankov, victime d’un PTSD bien refoulé, ne leur réciterait volontiers qu’une interprétation customisée du code de procédure pénale : Vous avez le droit de crever,  de ne pas nous faire chier ou de retourner d’où vous v’nez.

Fort heureusement, le capitaine n’avait pas fait carrière en écoutant son cœur. Sous aucun prétexte, sauf la mise en danger d’un terrestre, un officier ou un agent des FSR ne devait mener d’action à l’encontre un céleste. « Mise en danger d’un terrestre ». Zone de flou juridique laissée à la libre interprétation de l’officier responsable. Un mineur humain doit être pris en charge par les autorités compétentes, point. On n’peut pas faire plus clair. Il en allait de sa responsabilité et de son devoir de le rapatrier. Surement qu’le département en charge voudra s’occuper de régulariser la situation de ce môme, le placer en foyer d’accueil ou désigner un gardien pour gérer ses allocs, whatever. Il n’était « qu’un » OF-2 des forces spéciales, pas un juge pour enfant.


Un frisson de terreur lui remonta l’échine à l’idée fugace d’une Clara orpheline, entre les mains de l’une de ses machines de guerre apocalyptiques. Si ça tourne mal... Nope, s’interrompit-il. La peur était le véritable ennemi et il avait intégré la leçon depuis si longtemps qu’il ne s’en souvenait plus.
Les ailes sombres se déployèrent en un bruissement et se rangèrent sous son regard. Eww. Ses narines s’écarquillèrent en réaction, lui donnant l’air d’un animal sauvage reniflant le danger.
Il pointa l’arme vers le sol sans faire montre d’aucun relâchement. Son regard bleu néon tirait droit devant et ignorait maintenant les affichages virtuels. L’ailé avait fait un pas vers la coopération en s’identifiant, Close enough, le Capitaine en fit autant en abaissant son flingue.

— Et vous ? Pourquoi empêcher Owen de revenir à moi ? Rendez-le moi.
La sévérité hostile de Viktor flocula en grimace de stupéfaction.
— Non. Il veut pas qu'on se retrouve. Je ne pars pas sans toi.
Un rictus d’incrédulité tordit un peu plus la commissure de ses lèvres. Il secoua brièvement la tête.
— Capitaine Viktor Jdankov, gronda-t-il en s’arrachant la gueule pour articuler de manière distincte. Je répète : Forces Spéciales de Répression. Vous venez de franchir un périmètre d’intervention, Citoyen Jensen. Il renifla et réafficha sa détermination. L’arme, bien qu’abaissée, était toujours dégainée et tenue à deux mains ; la musculature contractée de ses bras démentait toute sortie d’état de garde. Derrière eux le véhicule reprit capricieusement vie en projetant de nouveau son éclairage holographique. L’un des deux humains appréhendés remua en gémissant.

— Owen Goodomens doit être pris en charge par la juridiction terrestre, poursuivit-t-il avec tout le calme dont il était présentement capable. Vous pouvez l’accompagner mais n’devez en aucun cas entraver l’enquête de la DEM. La colère était en lui à l’état de fossile, ancienne et incrustée dans sa moelle. Il parvenait à s’adresser avec respect à Jensen comme à tout autre céleste, bien qu’il fût un exemplaire de ce qu’il haïssait le plus au monde. Il tourna légèrement la tête vers l’ado sans quitter l’ailé du regard. Jeune homme, murmura-t-il d’un timbre goudronneux, on peut t’aider. Personne ici n’veut te dire comment survivre, mais la mégapole a l’obligation d’assister les mineurs dans ta situation. Le sentiment de faire ce qui était juste dominait en lui jusqu’ici. Alors d’où provenait ce malaise, grandissant, qui le venait le tarauder ? Il préféra l'ignorer. J’t’en prie, laisse-moi te conduire à la Direction, conclut-il en lui donnant un coup d’œil rapide, viscéralement incapable de relâcher l’attention méfiante qu’il portait à Jensen.

La Civilian Peace qu’il tenait n’était pas équipée pour endommager un emplumé au seuil critique. Le Earth Enforcer, en revanche, l’était. Tout spécialement désigné pour neutraliser la volaille rogue, le transport et l’utilisation de l’arme nécessitait une accréditation de niveau 3. Les risques « diplomatiques » encourus était bien trop grands pour que le Bureau permette à tous ses agents de terrain d’élite, aussi-rodés fussent-ils, de déclencher un troisième Armageddon. Le E² était également conçu pour repérer les signatures magnétiques des clovers et se portait en combo avec un casque EEG pour protéger au maximum la cervelle humaine des officiers, des ondes émises par les anges bio-cybernétisés.

Jdankov était suspendu d’accréditation E² jusqu’à nouvel ordre, suite à un débordement idéologique exprimé avec un peu trop de vigueur dans le bureau du sous-directeur. Mais aucune arme entre ses mains ne devait être prise à la légère.
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MessageSujet: Re: Never go full berserk.    23.04.14 20:30

Philosophy will clip an angel's wings.


Le temps s'arrête. L'ange toise avec méfiance l'homme, mais ne fait preuve d'aucune agressivité. MoNoLiThE. Il attend la réponse, il attend Owen, il attend ses ordres. Attendre. C'est quelque chose qu'il a appris à faire. Se taire. Observer. Les bruits de la ville lui arrachent à peine un regard, les deux loques humaines aussi. Elles n'en valent pas la peine, ce ne sont que des détails. L'important, c'est lui. L'autre, le gars armé et nerveux. Celui qui s'interpose entre l'ange et son petit dieu.

Capitaine, huh ? Parce qu'il est gradé, il croit pouvoir lui donner des directives et l'intimider ? Les gars du FSR sont tellement comiques, quand ils s'y mettent. Avant de rencontrer Owen, Grant se serait senti agressé d'avoir ce type en face qui semble si proche de lui tirer dessus. Avant de rencontrer Owen, il se serait senti agressé par son arrogante fausse assurance, par cette volonté d'en découdre contenue mais présente de manière latente. Agressé, oui. Mais pas une seconde menacé. Le moustique, aussi zonzonnant et désagréable puisse-t-il être, reste un simple moustique. Aujourd'hui, Grant ne craint pas davantage l'homme face à lui. Mais il tremble et gronde intérieurement contre ses intentions. Lui voler Owen ? Jamais. L'ange est prêt à faire beaucoup de concessions, mais l'anéantissement pur et simple de leur vie ensemble, de leur lien.. Non. C'est non négociable.

Un lourd silence se fait à la seconde déclaration du capitaine. Grant est monolithique. Son regard oscille entre Jdankov -Mefiance !- et Owen -tendresse..- pour finir par s'échouer pensivement sur les deux épaves humaines plus loin. Loques. Puis, après un temps de réflexion et un nouveau regard pour son petit dieu dont la tranquillité évidente l'apaise, l'ange s'ébroue. Comme pour chasser la poussière de montagne qui le recouvre, comme pour bannir la défiance qui le plombe. Sa voix grave roule dans l'air, ni inquiétante ni soumise. Mais l'orage couve, dans ses intonations.

- DEM ?

Le mot alourdit l'air, pesant et menaçant. Grant inspire profondément. Ses sourcils broussailleux se froncent, l'espace où devraient se trouver ses ailes se brouille sans pour autant qu'elles n'apparaissent. L'ange, d'instinct, se redresse un peu plus et fixe Jdankov avec un mélange de défiance et de colère qu'il contient de moins en moins. Enquête DEM. Sans en connaître la signification exacte, le gris connait le sens de cet acronyme. Quelque part, le terme "enquête" sonne comme une insulte. Mais il serait prêt à mettre de côté tout amour propre si cela lui permettait de garder Owen. Or, la menace de ce petit officier est claire, et formulée sans tact ni délicatesse. On le condamne avant même qu'il n'ait pu prouver sa bonne foi.

- Grant. Du calme.

La voix de l'ado semble dérisoire face à cette montagne céleste qui se gonfle d'animosité. Le ton est ferme, pourtant, et calme. Pas angoissée pour deux sous ni en proie au doute, cette voix rappelle à l'ordre le gris comme elle le ferait pour un chiot turbulent. Et ça marche. Après un bref échange de regard entre eux, l'ange prend sur lui. Son aura orageuse se dissipe avec un effort et une ultime soupire. Ne restent que la neutralité et la détermination.

- Menez l'enquête si vous voulez, capitaine. Je n'ai rien à cacher. Je le protège, je veille sur lui. L'ange cherche ses mots, cherche un équivalent dans le langage des hommes. Son regard se plante dans celui de son vis-à-vis qui pourrait même y déceler, subtile, un léger éclat d'inquiétude. Celle qu'on sépare l'enfant de son protecteur. Je prends soin de lui. Le donner à d'autres comme un bout de viande ? Non. On ne fait pas livraison d'enfants comme on fait ses courses. Mais vous ne pouvez probablement pas comprendre, à moins d'être père. Ce dont je doute : vous auriez déjà vu que je ne suis pas une menace pour mon Owen, si c'était le cas.

Un sourire vient éclaire le visage du gosse en entendant le discours de son ami. Bien sûr qu'ils ne sont pas vraiment comme père et fils, c'est plus compliqué que ça. Mais il y a des similitudes, c'en est proche d'une certaine manière. La comparaison n'est pas si mal trouvée, et l'ado est fier de ce qu'il entend. Son regard cherche celui de Jdankov, et le capte un instant quand il daigne brièvement tourner la tête vers lui. Son regard franc qui affiche son calme, sa confiance en Grant.

- Survivre ? Léger reniflement. Avec vous, je survivrais sans doute. Mais avec lui, je vis.

Et de montrer Grant de la tête. Grant qui reste calme, Grant qui ne bronche pas, Grant qui fait tout aussi confiance à son bout d'homme que l'inverse est vrai.

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