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 Tell me [Mihail]

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Madman without a cause



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MessageSujet: Tell me [Mihail]   Jeu 11 Aoû - 21:31

Bonjour Monde, tu es bien laid aujourd’hui tu sais ? Daniel promenait un regard fatigué tout autour de lui, il ne savait pas quelle heure de la journée il pouvait bien être…. Tout était d’un gris dépressif et uniforme, ça aurait pu être les premières heures du matin comme cela aurait pu être les dernières minutes de l’apocalypse. Comment faisaient les hommes pour vivre sous un ciel pareil ? Il ne savait pas, il ne voulait pas savoir. Que les hommes restent avec leurs ennuis, l’ange n’avait plus assez d’empathie pour eux. Il n’en avait même plus assez pour lui…

De temps en temps, un passant croisait son chemin sans même lui porter attention. Daniel se sentait comme disparaître un peu plus, lui qui n’était déjà plus rien. A vrai dire, les seuls à le regarder encore semblaient être les enfants, l’homme trouvait que leurs yeux avaient quelque chose de glauque, malsain. Il n’aimait pas les enfants… A vrai dire il en était arrivé au stade où il n’aimait plus rien.
Un livre pendait le long de son bras, il l’avait lu, il devait en changer maintenant. Parce que le jour avait changé aussi, tous les jours un nouvel ouvrage… c’était comme ça qu’il faisait tourner son monde à lui. Où prendre –voler- ce qu’il recherchait ? Il voyait des boutiques, il voyait des mots et la nausée lui envahissait la gorge.

Pourquoi donc le monde était-il si vulgaire, où était la magnificence de la création divine ? Et pourquoi les humains n’étaient-ils que des tas de boue… Et lui, lui il marchait avec eux, les ailes noires et le cœur en sang. Rien pouvait le guérir, absolument rien… Chaque jour il vidait un peu plus de son âme dans les livres qu’il lisait ou non, sans réellement toujours les apprécier. Plus rien n’avait d’importance.
Il vit le mot « LIBRAIRIE » sur un magasin et finalement entra. Le bruit de la clochette le fit sursauter, Daniel recula d’un bond et regarda à l’intérieur avec inquiétude. Il n’y avait aucun danger ? Finalement il s’avança prudemment, la porte se referma et la clochette fit encore des siennes. Il bondit à nouveau, heurtant une table pleine de livres et couinant de se faire mal ainsi à la hanche. Heureusement rien ne tomba…

Dieu qu’il détestait le monde…

Pour le moment, la pièce était vide. Il posa le livre inutile dans un coin et regarda les autres… Son cœur se brisa alors, lorsqu’il remarqua le cuir d’une bible. Lentement, avec toute la douceur qu’il faut pour saisir un enfant, l’ange la prit dans ses bras. Il l’ouvrit, humant à travers l’odeur du papier, le souvenir de sa propre innocence en se demandant pourquoi les choses changeaient tant. Où était son cœur à présent, hein ? Il essaya de sourire à soi-même, il essaya de sourire à la bible mais ne put y parvenir. Evidemment….

Alors ses yeux devinrent larmes tandis qu’il lisait les psaumes un jour tant aimés. Il y avait eu tant de mensonges dans ces phrases et un homme était mort au printemps de sa vie pour cela il y a longtemps, si longtemps. Est-ce que tous l’avaient oublié ? L’âme en sang, Daniel reposa la bible… Il ne pouvait prendre cela ou alors, par Dieu, il en mourrait !

Quand on pleure, on voit rien. C’est le propre des larmes… L’ange s’essuya les yeux dans sa manche mais rien à faire : il pleurait encore plus. Ce n’était pas de gros sanglots, juste une tristesse incontrôlable. Evidemment qu’il savait pas quoi faire, oh évidemment…
Daniel se demanda si prier servirait à quelque chose. Non, bien sûr que non… Il releva la tête et vit alors l’homme.
Un frisson lui parcourut le dos, nul doutes qu’au moindre faux pas, l’ange s’en irait aussi vite que possible. Pourquoi était-il entré ici hein ? Ah oui…
Les livres…

Vous n’avez donc rien de bien dans votre boutique ? Des histoires niaises et insignifiantes dans tous les livres que l’on trouve… Tellement pitoyable !

Et qui donc pouvait encore entendre l’appel à l’aide de l’ange ?

Oh par pitié, laissez-moi rêver encore une fois !

On ne peut plus rêver, Daniel, c’est impossible…

Le jeune homme fit alors un pas vers le libraire, comme pour une menace. Qu’il parle, oh qu’il parle ! Qu’il lui dise donc où étaient les rêves, où était la vérité… Qu’il lui dise tout ça avant que Daniel n’en meure.
Il regarda tous les livres autour de lui et sentit son monde s’écrouler…
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MessageSujet: Re: Tell me [Mihail]   Lun 3 Oct - 18:09

Il y avait quelque chose que personne ne savait à propos de Mihael parce que personne n’avait jamais été assez proche de lui pour s’en rendre compte ; personne n’avait jamais pris le temps de s’essayer à vraiment le connaître ni même à le comprendre. Le Clover enfermait soigneusement ses émotions au plus profond de lui, s’il s’efforçait jour après jour de n’en laisser transparaître que le strict minimum afin de conserver un semblant de vie aux yeux de tous, même aux siens. Se permettre d’être expressif – et de l’être sincèrement, sans abuser d’artifices quelconques –, c’aurait été permettre à ses émotions de refouler à la surface dans un bel ensemble incohérent propre à sa nature instable.
C’aurait été admettre cette paranoïa qui le rongeait jour après jour et qu’il nourrissait fiévreusement sans même vraiment s’en rendre compte. Une paranoïa omniprésente dans son subconscient malgré que le vieil homme refuse obstinément son existence. Et il l’enterrait donc loin, très loin de la surface, parce que la laisser surgir au grand jour l’aurait entraîné de manière irrémédiable sur le chemin tortueux de la folie.

Qui aurait été capable de s’en apercevoir en le voyant tel qu’il se présentait à tous ? Cette angoisse permanente d’être retrouvé, cette peur terrible d’être confronté à d’anciens alliés – le terme d’« ami » était définitivement inconcevable pour penser à eux – et de voir ce précieux train-train qu’il avait mis tant d’année à mettre sur pied s’effondrer en l’espace d’une poignée de seconde.

Naniwa était en un certain sens une ville sûre pour lui, en ce qu’elle accueillait en son sein tellement de diversité, de bizarreries et autres créatures innommables relevant d’un imaginaire improbable que ça en devenait un vrai merdier ; il aurait fallu sacrément en vouloir pour le retrouver ici. Avec les mesures drastiques qu’il avait prises afin de se faire oublier de tous, il n’était déjà même pas évident de savoir qu’il avait choisi de s’établir dans cette ville. Après tout, un endroit plus isolé, plus calme parce qu’ayant moins souffert de la guerre que Naniwa aurait en toute logique beaucoup plus convenu à quelqu’un souhaitant s’éloigner de tout ça.
On aurait pu croire, donc, qu’un sentiment de sécurité se serait installé au fil des ans, au fur et à mesure qu’il se complaisait dans ce nouveau mode de vie radicalement différent de celui qu’il avait mené auparavant.
Tenez-vous le pour dit, il n’en était rien. Il continuait de craindre comme au premier jour de sa désertion qu’on lui remette la main dessus et qu’on lui dise que son travail n’était pas encore terminé. Qu’on lui rappelle que son corps modifié par la science n’était, par ce simple état des faits, plus sa propriété. Il en rêvait parfois la nuit, croyait alors entendre des bruits suspects et se réveillait en sueur comme un enfant au sortir d’un cauchemar particulièrement mauvais, avant de se rendre compte qu’il n’en était rien.

Bien sûr, il entretenait également une crainte maladive envers les anges, plus à même de le retrouver que n’importe qui d’autre. Presque quarante ans après les derniers gros évènements, il ne se sentait toujours pas à l’abri de représailles quand bien même la paix – ce mot avait-il réellement un sens ? – était désormais censée être de mise.
Mais, assez curieusement, les anges noirs ne réveillaient aucun écho en lui.
Certes, il n’était pas assez stupide pour ne pas voir le danger qu’ils pouvaient représenter, mais il les considérait de la même façon qu’il aurait considéré un lycan aux prises avec sa folie par nuit de pleine lune : on ne pouvait pas juste les négliger et faire comme s’ils n’existaient pas mais concrètement, ils n’attisaient pas davantage sa paranoïa ni ne faisaient ressortir ses vieilles obsessions.
Pas au même titre qu’un de ceux dont les ailes étaient encore pures ou qu’un de ses confrères clover.
Lui-même ne s’expliquait pas tellement ce fait, c’était comme ça tout simplement. En réalité, il ne s’était jamais franchement penché sur la question. Peut-être était-ce tout simplement dû au fait que les noirauds étaient ceux qui avaient le plus de ressemblance avec lui. Des rebuts de la guerre, des créatures n’ayant plus foi envers leur propre race. Pour la plupart tout du moins.
Aussi, quand la clochette avait annoncé la venue de celui-ci en sonnant comme à son habitude et qu’il était sorti de derrière un rayon surchargé pour se retrouver face à lui, Mihael était resté très simple. Sur ses gardes, très attentif au moindre détail, mais simple. L’ange n’avait pas semblé percevoir sa présence tandis qu’il s’approchait à pas mesurés pour finalement s’arrêter à quelques mètres de lui seulement. Il pleurait en tenant un livre dont l’identification ne faisait aucun doute et le clover posait sur lui un regard intrigué, peu disposé à briser le silence. Ce fut l’inconnu qui s’en chargea, daignant enfin remarquer son vis-à-vis. La réponse du libraire ne se fit pas attendre et ce dernier, égal à lui-même, ne s’encombra pas de délicatesse face à ces mots chargés de reproches qui venaient d’être jetés là.

« Ce qui est pitoyable, c’est celui qui se permet ces paroles avant même d’avoir pris le temps d’en vérifier la véracité. Qu’attendez-vous donc de moi en étant aussi amer ? On croirait entendre un enfant ayant décidé que rien ne vaut la peine en ce bas monde simplement parce qu’on lui aura refusé ce qu’il réclamait à grand renfort de cris et de pleurs. »

Il était remarquablement aisé d’offusquer Mihael une fois qu'on arrivait à toucher les cordes sensibles. En l’occurrence, s’en prendre à ce à quoi il était le plus attaché était l’un des moyens les plus directs pour y parvenir. Et il n’avait pas pour habitude de mâcher ses mots, quand bien même la situation s’en serait trouvée arrangée le cas contraire. L’ange semblait perdu, mais se tourner vers un être comme lui n’était certainement pas la meilleure solution. Mihael n’avait pas de réponse à lui apporter parce qu’il la cherchait et la désirait tout autant que lui.

« Mais vu votre état, peut-être est-ce d’histoires niaises dont vous avez justement besoin. On ne voit que ce que l’on ne veut bien voir, et puisque c’est ainsi que vous considérez le contenu de chacun des livres entreposés ici… »

On aurait pu croire qu’il se moquait si l’on ignorait qu’une telle chose n’entrait pas dans ses habitudes. Certes, l’ironie était nettement percevable dans ses propos mais Mihael ne faisait que retranscrire au mieux l’exacte pensée qu’il avait en l’observant.



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MessageSujet: Re: Tell me [Mihail]   Mer 19 Oct - 23:07

Daniel fronça les sourcils, fatigué de ce primate poilu. Pourquoi avait-il parlé déjà ? Les humains ne comprendraient jamais rien à rien. Qu’étaient-ils, eux, piégés dans leur petite mortalité et aveugles aux choses inhumaines ?
Il aurait voulu hurler, crever le silence par ses mots à lui mais ne le pouvait pourtant pas. Et tout l’oppressait, tout l’étouffait au point d’empêcher son cœur de battre.
Alors il se mordit la lèvre au sang, tout simplement, avec des nuages noirs pleins les yeux. Il en connaissait des secrets le petit Daniel, sur le monde, la vie, les injustices et les contes de fée. Il paraissait jeune, immature peut-être, mais possédait une trop grande expérience. Amère, il n’était rien d’autre qu’un jeune fruit ayant pourri sur sa branche.

Et ses longs doigts caressaient les couvertures des différents livres dans un geste douloureux. Ne lui arrachait-on pas quelque chose de vital à chaque seconde qui s’écoulait ? Qu’en savaient-ils, oh qu’en savaient-ils tous ?! Il y avait des cris muets dans sa gorge et des pleurs d’enfants sous ses paupières.
Il y avait des vérités et des mensonges, de ceux qu’il détestait plus que tout et que pourtant il répétait à la nuit lorsque personne n’entendait. Il y avait tant de choses…

Fut un temps, Daniel avait aimé les histoires niaises. Celles de mariage, celles d’amour, celles qui se finissaient toujours bien peu importe ce qu’il se passe. Qu’était-il arrivé ? Les hommes disaient « grandir », mais l’ange n’était pas un ange. Il n’avait qu’un mot, un seul pour tout ceci. Pour son changement et pour ses rêves enfuis : « déchu ». Il était déchu, tombé, savait-il encore comment voler ? Et comment supporter la beauté du soleil lorsque celui-ci avait viré au noir de la mélancolie jusqu’à lui brûler les ailes ?
Non il n’avait plus besoin de ce genre d’histoire, il ne pouvait plus, tout simplement. Et son regard triste et tranquille était désormais posé sur Mihaïl, il repensa aux mots idiots de l’autre homme et ricana. Si triste, oh si triste…

L’amertume n’est pas pour les enfants, eux ils savent toujours comment rêver. Les adultes, au contraire, préfèrent juger. Ils croient avoir expérimenté toutes les sortes de douleurs qui soit et posséder la connaissance du monde. Les fous…

Il était l’Automne aux feuilles mortes, il était l’amertume et l’acidité des rêves envolés, il était l’oubli des désespérés, celui que l’on veut tirer d’un trait à défaut de trouver la paix. Et qu’avait-il trouvé dans les faubourgs de la ville, si ce n’est ses plus belles larmes ? Aux ordures son cœur brisé, au ciel ses rêves morts …
Et que lui avait-on fait, vendu son âme et brisé son corps ? Aux pourritures des vents mauvais, on jeta ses rêves morts…
Il n’avait jamais rien voulu, pas même une envie de liberté, rien. Il n’avait jamais rien voulu, jamais rien espéré mais un jour, il n’avait pas pu avancer.

Comment l’expliquer au vieil homme ? Non ça n’en valait pas la peine. Le parfum du papier lui agressait les narines à présent, Daniel crut s’évanouir. C’était quoi cette peur qui lui tordait le ventre ? Il voulait pas être un pleutre, mais là entre ses côtes, quelque chose le dévorait pour laisser passer toutes ses angoisses plus ou moins enfantines.
Et il en avait tellement…

L’homme ravala sa hane, ravala les aboiements du chien noir qui lui bouffait tout son être et sembla soudain bien plus calme qu’il ne l’avait jamais été. Comme mort…
Il était fatigué, si fatigué… Ces derniers jours n’avaient pas été sans émotions pour li et tout semblait aller de mal en pis.
On fait quoi pour continuer à avancer, hein, on fait quoi ?
Il avait soif d’étoiles et de soleils brûlants, il avait soif de lumière et non d’ombre mais ne savait désormais plus comment s’en approcher. Et soudain, Danien ne fut plus rien d’autre qu’un enfant terrorisé, parce que la librairie lui paraissait trop grande, parce que l’homme lui paraissait trop homme et que même le regard du chat un peu plus loin semblait lui glacer le dos.

Et sa stupide langue qui refusait de parler…
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MessageSujet: Re: Tell me [Mihail]   Jeu 2 Fév - 1:33

« L’amertume n’est pas pour les enfants, eux ils savent toujours comment rêver. Les adultes, au contraire, préfèrent juger. Ils croient avoir expérimenté toutes les sortes de douleurs qui soit et posséder la connaissance du monde. Les fous… »



Cette conversation-là, le libraire n’avait pas vraiment envie de s’y engager, pas maintenant et pas avec cet homme qu’il ne connaissait pas ; il n’était pas sûr d’apprécier le chemin qu’elle risquait de prendre. Cependant, les mots avaient été posés là, entre les deux personnages, et Mihael ne voyait d’autre option que d’y répondre, parce qu’il ne pouvait tout simplement pas ne pas y réagir.
Ses yeux gris aciers se perdirent un moment dans la contemplation de l’ange, gravant soigneusement chacun de ses traits dans sa mémoire tandis qu’il laissait pour un temps le silence reprendre ses aises. Il aimait garder un souvenir précis de chaque rencontre qu’il avait faites au cours de sa vie, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Chaque visage, chaque expression, chaque regard… ils racontaient tous une histoire, même si elle ne comportait que quelques lignes, et à ce titre-là il ne voulait en oublier aucun.

Finalement, le vieil homme bougea à nouveau sa grande carcasse et, contournant l’individu, alla récupérer ce livre abandonné dans un coin et qui n’était pas à lui. Il rehaussa ses lunettes sur son nez, déchiffra le titre et réalisa que l’ouvrage faisait partie de ces – trop – nombreux qu’il n’avait pas encore eu le temps de lire. Ses grandes mains carrées s’en saisirent avec une délicatesse qu’on n’aurait pas soupçonnée chez elles au premier coup d’œil, caressèrent la couverture, feuilletèrent brièvement les pages pour le simple plaisir d’en goûter la texture du bout des doigts.
Et puis sa voix se fit à nouveau entendre, basse et fatiguée ;

« La folie, oui… » Un rire essoufflé, tout juste audible, s’échappa d’entre ses lèvres avant qu’il ne reprenne. « Vous ne la connaissez que trop bien, vous aussi. » Et en disant vous, il disait les anges et pas simplement celui qui avait pénétré son antre de quiétude et qu’il vouvoyait pour une simple question de respect.

Il quitta comme à regret la couverture du livre des yeux, reposa ce dernier avec une infinie douceur là où il avait simplement été abandonné un instant plus tôt, puis riva son regard sur celui qu’il ne voyait plus que de dos maintenant.

« Les hommes sont arrogants, c’est vrai, ils ont été faits ainsi et penseront toujours ce genre de choses tant qu’il leur sera donné de penser. Mais qu’en est-il de vous ? » Il se rapprocha du noiraud, juste quelques pas sur le bois grinçant du sol. « Pensez-vous que votre douleur soit plus profonde que la mienne parce que vous l’avez vécue et supportée plus longtemps ? Parce que vous être plus puissant, plus ancien, plus noble ?
Pensez-vous que…
» Il s’interrompit brusquement, prenant conscience qu’il avait haussé le ton alors que cela n’avait pas lieu d’être. Ses épaules semblèrent s’affaisser un peu et quand il recommença, sa voix avait retrouvé ses intonations habituelles.

« Pourquoi êtes-vous là ? Y a-t-il quelque chose que je puisse faire pour vous, ou n’aviez-vous besoin que d’une personne qui entende vos paroles acerbes ? »

Il était un peu las Mihael, tout ce qu’il voulait au fond c’était une existence sans remous ; que seules les personnes ayant une vie normale passent la porte de sa librairie poussiéreuse et qu’elles lui en offrent quelques précieuses minutes. Un laps de temps durant lequel il pouvait y prétendre lui aussi, à cette même normalité à laquelle il aspirait tant sans jamais vraiment y parvenir.
Aujourd’hui, il n’avait droit qu’à cet homme et à sa tristesse qui l’écrasait, qui les écrasait tous les deux.
Le clover se détourna de l’ange et choisit un rayonnage, une étagère, ses doigts effleurèrent les tranches de quelques-uns de ses livres avant de finalement s’arrêter sur un qu’il tira à lui sans même regarder le titre. Il connaissait l’agencement de sa librairie par cœur : si son instinct l’avait mené à le choisir, alors ça devait être le bon.

« Prenez celui-ci. »

Et il le lui tendit sans plus d’explication après être revenu à ses côtés.


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MessageSujet: Re: Tell me [Mihail]   Jeu 9 Fév - 0:21

Il y avait cette lueur dans ses yeux, blance et déjà morte, comme une étoile éteinte et pourtant resplendissante. On pouvait penser qu’il s’agissait d’espoir, de rêve ou bien d’innocence, à bien que ce ne soit qu’une lumière et rien d’autre. Et comment savoir ? Le regard de Daniel était calme, triste, il en avait vu des charniers, il en avait vu des enfants sans ailes, des oiseaux sans ciel, des humains sans Paradis, mais en quoi cela avait-il la moindre importance ?

Pourquoi serions-nous plus noble que vous ? Les anges sont imparfaits, les anges ne sont pas les humains. Ils sont imparfaits et presque éternels, nous sommes nés pour chuter ou bien mourir, c’est cela le prix du temps. Nous avons des rêves mais nous ne pouvons nous battre pour eux, nous sommes bien plus faibles que vous. Il n’y a pas de noblesse ou de beauté, tout cela, ce sont des contes ou des mensonges…

Amertume…

Un serpent lui enserrait le cœur, il ne pouvait le combattre alors qu’importe la colère de l’humain ? Daniel ne savait plus ce qu’il méritait, de ce qu’il ne méritait pas. Il était là, enfant perdu, homme sans ombre, frère sans frère, ange sans amour. Sans amour ? Il ne savait pas, il ne savait plus…

Ce que nous avons vu, ce que j’ai vu… Ca n’a pas d’importance, ça n’en a jamais eu. Le regard d’un ange est sans valeur comparé à celui d’un humain, tout comme nos souffrances. Nous pleurons, nous hurlons, nous rions… Et nos actes ne sont que cendres et poussières du fait de notre manque d’humanité. Nos rêves, tout cela…

A qui parlait-il, à l’homme, au jour ou à la nuit ? L’ange sourit, cruel et désespéré. C’était là le rictus d’un squelette, la grimace de la mort, le visage du monstre. C’était son visage à lui, toujours triste et perdu, loin de toute lumière. Il secoua la tête, non Daniel n’était pas un serpent. Il n’était rien d’autre que cette chose brisée que l’on avait laissé là avec des bouts de colères pour seule parure, que faire alors pour s’en débarrasser ? Tourbillon d’idées, de mots, de couleurs, il n’était pas là pour être amer ou méchant, il était là pour vivre, lui qui ne savait rien de ce mot. Alors, comme l’on écorche un enfant, Daniel sourit, saignant de mille blessures, au-delà de tout soin, de tout réconfort.

Il faut cependant parfois bien peu de choses pour sauver une âme. Impossible de savoir si Mihail le savait, impossible de savoir si l’homme mesurait la portée de ses actes, mais l’action était là alors que dire de plus ?
Curieux, Daniel prit le livre que l’homme lui tendit. Un vieux livre usé, vendu d’occasion, étant passé de mains en mains. Il en caressa la couverture et pour la première fois, pleura. Ce n’était pas là ses premières larmes, mais à présent Daniel pleurait pour un autre que pour lui-même. Ses longs doigts blancs retraçaient l’histoire du livre dans un silence d’église. Il vit un cadeau d’anniversaire d’un frère un peu nerveux, il vit le livre se prêter d’amis en amis, il vit les rayons bourdonnant d’animation d’une autre librairie…. Enfin, noir et terrible, il vit le froid d’une chambre d’hôpital, une jeune fille dévorant le livre à la faveur des insomnies et de la douleur, avec cet éclat dans les yeux qui n’est pas de la fièvre mais seulement du rêve.

Entre les pages une histoire avec son lot d’amour et de mort. Des mots de terreur pour des sentiments purs et désespérés, des quêtes perdues, des amours déchues, des amants déçus. Une histoire pour transporter l’âme autre part, dans cet endroit où l’imagination peut réparer toutes les blessures : Neverland. Daniel se souvint de la beauté des mots, de la beauté du monde. Lentement, il posa le livre sur une table, aussi triste qu’apaisé à présent. Il leva alors la tête vers le vieil homme, toujours déchu mais l’âme sauvée.

Merci….

Là aussi pour la première fois depuis trop longtemps, un mot de sincérité. Le premier depuis la déchéance, le premier…
Il était pour cet homme, cet humain que Daniel ne connaissait pas. Il était pour ce vieillard bougon et n’apportait rien mais il était là. Prononcé.

Qu’est-ce que je vous dois ? Je n’ai pas grand-chose, mais qu’est-ce que je vous dois ?

Non il n’était pas venu ici pour déverser toute sa haine, parce que c’était quoi ? Un putain d’enfant perdu, sans père, à qui on en avait toujours trop demandé. Jusqu’au jour où ce ne fut plus possible, rop dur d’avancer. Trop dur, trop douloureux, et il s’était retrouvé seul, abandonné au milieu d’horreurs, de meurtres et de sang. Comment on fait pour survivre à ça ? A toutes les blessures du corps et du cœur ?
Ce que Daniel avait vu, avait subit, il le taisait, et ce n’était certes pas à Mihaïl qu’il allait s’ouvrir. Les blessures à l’âme sont souvent trop profondes pour être soignées, mais l’on sous estime bien souvent le miroir d’une histoire pour y cacher ses peines et ses larmes, y déposer son cœur entre deux pages, jusqu’à ce que celui-ci se gonfle à nouveau.
Voilà pourquoi il ne pouvait y avoir de plus grand trésor qu’un livre.
Sourire d’ange, sourire d’enfant, sourire de cendres grises et de plumes oubliées…
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MessageSujet: Re: Tell me [Mihail]   Mer 16 Mai - 22:09

Le poids des paroles de l’autre l’étouffait, il ne comprenait pas. Comment pouvait-il être aussi négatif, toujours ? Elles lui dépeignaient un tableau purement déprimant, et Mihael se refusait à les croire vraies. Mais, de toute façon, lui étaient-elles seulement destinées ? Il ne savait pas, il lui avait posé une question qui avait ouvert une vanne et maintenant les mots coulaient à flots, l’ange s’exprimait et le clover n’était même pas sûr qu’il s’adresse encore à lui. Alors il le laissa parler, simplement, sans rien objecter. Qu’il crache donc ce qu’il avait sur le cœur !
Il lui donna un livre, et l’observa en prendre connaissance, lui aussi curieux mais simplement de savoir comment son vis-à-vis allait réagir après ça. Désireux d’apaiser les tensions, aussi. Il sut apprécier le remerciement à sa juste valeur et se garda d’y répondre, voyant bien que l’autre n’avait pas encore fini de parler.

« Vous ne me devez rien. Contentez-vous juste de le prendre. Je garderai le vôtre en retour. »

Un livre pour un autre, et de toute façon l’ange ne voulait plus de celui auquel Mihael s’intéressait. L’échange, à ses yeux, se suffisait à lui-même du moment que chacun était satisfait.
Cependant, leur rencontre semblait toucher à sa fin maintenant qu’ils n’avaient plus grand-chose à se dire. Le libraire s’était abstenu de rebondir sur ce qu’avait dit son interlocuteur – avait-il eu tort, alors ? – et finalement, les mots avaient fini par s’épuiser. Le noiraud allait sûrement repartir, maintenant, car il n’avait aucun intérêt à rester ici. Une fois la portée refermée, la solitude reviendrait tenir compagnie à Mihael et il ne s’en porterait que mieux, après cet échange bref mais mouvementé. Il s’installerait dans un coin et méditerait un peu sur cette rencontre non dénuée d’intérêt, puis prendrait un bouquin et sa journée continuerait.

Non.

Mihael était un type au final assez désillusionné – plutôt ironique au vu de sa race, n’est-ce pas ? –, et ne nourrissait pas beaucoup d’espoir pour quoi que ce soit. Mais l’ange, lui, était bourré d’un tel pessimisme que ça en devenait presque effrayant. Alors qu’importe son envie de le voir quitter les lieux, il ne pouvait décemment pas le laisser partir dans cet état. Les gens qui venaient à l’Imaginarium y glanaient un morceau de rêve et repartait avec, aussi infime soit-il, car c’était là la seule chose que le clover pouvait leur apporter.
Sauf que pour celui-là, ce ne serait pas le cas.
Et c’était peut-être un peu égoïste de voir les choses ainsi, mais le libraire trouvait une certaine frustration, comme une sensation d’échec devant ça. Alors oui, il ne pouvait pas faire grand-chose de plus pour le noiraud, il n’avait pas non plus la folie d’espérer un miracle mais pour autant, qu’est-ce qui l’empêchait d’essayer ?

« Vous vous trompez », dit-il alors avec une soudaine spontanéité ; « Ce n’est pas votre nature qui vous empêche de réaliser vos rêves, c’est votre pessimisme. Vous êtes tellement occupé à vous dévaloriser que vous vous rendez incapable de faire, ou de voir quoi que ce soit. »

Bon. Les mots n’étaient définitivement pas son point fort quand il voulait extérioriser sa pensée, car la franchise de l’homme les rendait trop bruts.


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